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Lorsque l’homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d’eau, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, alors il se rendra compte que l’argent n’est pas comestible.
(proverbe amérindien)

3.1 - Spiritualité

bénitier de l'église Saint-Sulpice (Paris)

bénitier (église Saint-Sulpice, Paris)

coquille Saint-Jacques (Collégiale Saint-Pierre, Côte d'Azur)

Saint-Jacques (Collégiale Saint-Pierre, Côte d'Azur)

3.2 - Alimentation

La consommation la plus ancienne de coquillages par les Homo sapiens remonte à environ 160 000 ans et ils constituaient une source d'alimentation importante pour les populations littorales.

Les pollutions maritimes incitent à être vigilant sur l'origine des fruits de mer ☹. En effet, la plupart des coquillages sont des filtreurs qui excrètent une partie des toxiques non-dégradables dans leurs déchets et dans leurs coquilles. Quatre types de contaminants s'accumulent dans les coquillages :

NB : les moules et les huîtres se détoxiquent du plomb en le stockant dans leurs coquilles.

On remarquera que ce sont principalement les bivalves qui sont consommés bien que deux fois moins nombreux que les gastéropodes :

  • les huîtres : riches en protéines de qualité, abondantes en vitamines et minéraux, peu caloriques
  • les moules : riches en vitamines (B8, B12 et E), des minéraux (calcium, magnésium, fer, zinc, sélénium)
  • les coques : riches en phosphore, fer et zinc, combattent la fatigue et renforcent les performances intellectuelles, physiques et les défenses immunitaires
  • les palourdes : c'est l'un des coquillages les plus énergétiques, riches en fer et vitamines B12
Le Déjeuner d'huîtres : Jean-François TROY(1679-1752)

Le Déjeuner d'huîtres
Jean-François TROY(1679-1752)

3.3 - Troc et monnaie

Avec la sédentarisation des hommes préhistoriques, au début du néolithique, se constituent les premières formes de sociétés et le seul moyen d'acquérir un bien (outils, animaux, nourriture, etc.) était de l'échanger contre un service ou d'autres biens (principe du troc).

Mais le troc limite le développement des échanges, car l’offre ne correspond pas forcément exactement à la demande et les biens périssables ne sont disponibles qu'à certaines périodes de l'année (moissons pour la nourriture par exemple).

Ainsi, des unités d’échange apparaissent : des coquillages au début, puis des métaux précieux comme l’argent et l’or.

Les coquillages avaient l'avantage de réunir les principales caractéristiques d'une monnaie :

Ce sont surtout les porcelaines, en particulier les deux espèces ci-dessous, qui servaient de monnaie et qu'on appelle plus généralement des cauris.

On les retrouve au musée de la "banque nationale de Belgique" et au fronton du bâtiment de la "banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest" à Bamako au Mali.

D'ailleurs, à partir du 1er janvier 2022, la nouvelle monnaie régionale de l’Afrique de l’Ouest s'appellera le cauri en remplacement du franc CFA.

Monetaria moneta

Monetaria moneta

Monetaria annulus

Monetaria annulus

3.4 - Outillage

Les coquillages servaient à confectionner divers outils. (grattoirs, pointes de projectiles, vase, hameçon, etc.)

Aux îles Marquises, certaines variétés de murex ou de porcelaine étaient astucieusement modifiées pour servir de pèle-fruit de l'arbre à pain.

Dans l'Antiquité, à Athènes, les citoyens qui représentaient un danger pour la démocratie (à cause de leur puissance) étaient bannis pour dix ans. Le vote du jugement était inscrit sur des coquilles d'huîtres, d'où le terme ostracisme (du grec ostrakon, huître).

Les filaments des moules (byssus) étaient appelés "soie marine" et servaient à confectionner ou à broder des vêtements.

conque, cor primitif

conque, cor primitif

pointes taillées dans la columelle

columelles taillées en pointes

3.5 - Bijoux

Sans parler des huîtres perlières, voilà le domaine qui contribue le mieux à la popularité des coquillages !

La nacre (la couche interne de la coquille) constituait un élément de choix en joaillerie et en marqueterie.

grotte d'Urfé (frise d'haliotide)

frise d'haliotides

grotte d'Urfé (barbe en pied-de_pélican)

barbe en pied-de-pélican

On a souvent utilisé la beauté naturelle des coquillages dans la décoration. Ces images proviennent de la grotte d'Urfé.

Les camées, ces petites gravures en léger relief étaient taillés dans l'agate. Le début des voyages autour du monde, au XVIIe siècle, a permis la découverte de nouveaux coquillages qui présentent un dégradé naturel dans l'épaisseur de la coquille.

rivière de porcelaines

rivière de porcelaines

collier

camée (Cassis madagascariensis)

3.6 - Teinture

Dans l’Antiquité, la couleur pourpre, apanage des empereurs romains, était très recherchée. Les traces les plus anciennes ont été trouvées en Crête et datent de 1600 av. J.C.

Ces teintures proviennent notamment de "Bolinus brandaris" ou de "Stramonita haemastoma".

Bolinus brandaris

Bolinus brandaris

Thais haemastoma

Stramonita haemastoma

3.7 - Architecture

On peut noter l’influence des coquillages sur l’architecture de certaines constructions :

La pagode Tây Phuong

La pagode Tây Phuong

Coquillages des mers d'Asie

Coquillages des mers d'Asie

L'escalier de Chambord

Le donjon du Château de Chambord dispose en son centre d'un escalier composé de deux hélices superposées et se termine par un escalier en simple hélice inspiré de la columelle des coquillages.

Opéra de Sydney

La toiture de l'opéra de Sydney représente des coquillages superposés.

Lunulicardia retusa auricula

Lunulicardia retusa auricula

3.8 - Mathématiques

Certains coquillages recèlent de véritables objets mathématiques :

Cymbiola innexa & Oliva porphyra

Cymbiola innexa et Oliva porphyra

triangles fractales de Sierpinski

triangles fractals de Sierpinski

nautilus

nautilus

spirale logarithmique

spirale logarithmique

3.9 - Archéomalacolologie

L’analyse de vestiges de coquilles fournit de précieuses indications pour l’étude des sites archéologiques, la compréhension du paléoclimat et l'économie des échanges des sociétés préhistoriques.

3.10 - Médecine

En médecine, les propriétés étonnantes des toxines de certains coquillages venimeux (Conidae) ont débouché sur des traitements analgésiques, font l’objet d’études pour l’épilepsies ou la récupération de nerfs endommagés.

Le venin du cône "Conus magus" a permis de synthétiser un analgésique pour les douleurs intenses chroniques, 2000 fois plus puissant que la morphine avec l'avantage de ne pas provoquer d'accoutumance (Prialt®).

Le venin du cône "Conus victoriae" a permis la synthèse d’un médicament utilisé dans le traitement des douleurs neuropathiques 100 fois plus actif que les antiépileptiques de dernière génération (ACV1 ɑ-conotoxine : C71H103N23O25S4).

Conus magus & Conus victoriae

Le venin (µ-conotoxine) de certains Conidae (Conus marmoreus, geographus, striolatus, ...) contient des peptides (qu'on ne sait pas synthétiser) qui permettent de fermer/ouvrir les canaux à sodium (propagation du signal nerveux) et donc d'étudier le fonctionnement des systèmes nerveux et de produire de nouveaux insecticides, antalgiques locaux, antiarythmiques, anti-épileptiques, etc.

3.11 - Biomimétisme

On a découvert chez les mollusques de surprenantes propriétés, sources prometteuses d'innovations technologiques :

La coquille des ormeaux (Haliotidae) est deux fois plus dure que les meilleures céramiques high-tech. Le revêtement nacré est un tuilage parfait qui combine des couches rigides de carbonate de calcium (aragonite) et des couches souples de protéines (Lustrin-A) qui lui confère une flexibilité capable d'encaisser des chocs violents et de supporter des poids de plusieurs tonnes sans casser. Les scientifiques s'en inspirent pour concevoir de nouveaux matériaux qui seront des révolutions comparables à l'avènement de l'âge de fer ou la révolution industrielle.

ormeau

Le byssus des moules (Mytilidae) qui leur permet de se fixer sur les rochers est, en fait, la colle la plus puissante au monde : elle résiste aux UV, au sel, aux hautes et basses températures, elle est très résistante et surtout colle sous l’eau. Ces filaments permettent également de produire les meilleurs fils de suture utilisés notamment en chirurgie esthétique.

byssus
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